Favelas
Le Complexe de Manguinhos
L'espace public dans le contexte de la ville divisée
Projet de structuration urbaine, sociale et environnementale, et aspects liés a la sécurité des citoyens.

 


 

Les Favelas de Rio de Janeiro abritent 20% de la population de la ville.
Approximativement 1 million de personnes, dans un municipe qui en compte 5,5 millions, vivent dans ces communautés non planifiées, qui ont commencé à émmerger il y a plus de cent ans.
La structure de développement du projet Manguinhos a une l’échelle urbaine, est un projet d’abord sollicité par la préfecture de la ville de Rio et actuellement conduit par le gouvernemment de l’état de Rio.
L’objectif du projet est de connecter ce complexe (Plan de Développement Urbanistique et Social) au reste de la ville en y intégrant l’infrastructure de base (rues et trottoirs) et des services tels que, l’apport d’eau, d’énergie, de communication, et de nouveaux édifices fonctionnant comme des nouveaux répères dans la ville.
Plutôt que de faire table rase, l’approche de l’équipe se base sur les potentiels déjà existants dans les favelas en y introduisant des éléments tels que des espaces publiques pour favoriser les rencontres, des centres communautaires, des nouveaux bâtiments d’interaction sociale, des centres de santé, des parcs et un village olympique.
Le processus de dessin (qui s’accompagne des nombreuses rencontres avec les habitants, et des consultations avec des experts de champs variés) peut être appliqué à differents projets. L’espace public est aujourd’hui le facteur numéro un de la régénération urbaine.
Les solutions de la problématique urbaine à Rio de Janeiro sont intimement liées aux aspects socio-culturels (centre de génération de travail de revenu) et de sécurite des citoyens. Les contradictions omniprésentes de Rio sont des symptômes de la “Ville divisée”, loin du mythe populaire de la “ville merveilleuse” des touristes et de la publicité.
Dans le contexte donné, le processus du projet urbain doit simultanement considérer les aspects physiques (infrastructurels, urbains et environnementaux), les conditions sociales (incluant les questions culturelles, économiques et existentielles), les questions écologiques (implicant les aspects mentaux, sociaux et environementaux) et la sécurite des citoyens liée au contrôle du pouvoir public sur le territoire.
Toutes ces variables doivent être structurées dans un travail interdisciplinaire basé sur un dialogue avec les pouvoirs publics (préfecture de Rio de Janeiro, gouvernement de l’état de Rio, et gouvernement fédéral- Ministère de la Cité), les communautés représentant, les architectes et professionels de plusieurs champs.

Méthode.

Le travail est mené à travers le projet par une équipe pluridisciplinaire dont l’architecte urbaniste est le coordinateur en chef. Les différents champs sont: urbanisme, architecture, ingénierie civile, ingénierie environnementale, voieries et transports, sociologie, législation, communication, culture et sécurité.

Les principales étapes de ce travail sont:

a- Après de nombreuses visites sur le site (selon la nécéssité locale), est élaborée le schéma de lecture de la structure du lieu, qui consiste en une représentation topologique qui révèle la singularité du lieu et les caractéristiques de l’occupation. Les conclusions de cette phase déterminent l’élaboration du dessin-synthèse ; ’’urbain scheme’’.

b –“ L’écoute” des demandes. Cette phase consiste en l’écoute méticuleuse des demandes latentes et declarées par les résidents du lieu d’intervention et de ses alentours, lors de rencontres dans des lieux publics dans différents localisations du complexe.

Cette écoute implique l’utilisation de la méthode Freudienne de l’association libre et l’attention fluide. Ce point est très important dans le sens où nous jouons un rôle d’interprètes pour articuler ces demandes avec les logiques inhérentes du site, et avec les intérets de la ville comme un tout, plutôt que de répondre directement aux demandes. A travers le processus de projet, l’interaction avec la communauté non seulement grandit mais évolue. Premièrement, la participation se caractérise comme une interlocution qui permet de définir le programme. Deuxièmement, avec le développement du projet, l'implication du résident devient plus profonde et plus spécifique, au point que certains membres de la communauté participent au suivi du chantier. Finalement, les membres de la communauté intègrent l’équipe du POUSO (Centre d'orientation urbanistique et sociale), qui est une petite structure que la commune inclut dans l'intention de superviser les résultats de l'intervention et d’en faire un futur poste d’assistance pour administrer les possibles conflits post-chantier.

C -L'élaboration du ”parti urbain” (urban scheme), qui va interpréter les deux premières phases et établir les critères du dessin pour l'intervention en établissant les priorités.

LE COMPLEXE DE MANGUINHOS

Ce projet d'élaboration d'un plan pour le développement urbain et social de la région de Manguinhos, fait partie du PAC-Urbain (Programme d’Accélération du Développement Urbain) du gouvernement Lula.

Le secteur du Complexe de Manguinhos comprend 1400 hectares avec un noyau de onze communautés informelles (favelas) et une population de 40000 habitants. Il est situé á l’entrée Nord de la ville de Rio de Janeiro á l'intersection d'une autoroute, d'avenues, d'une rivière et d'une ligne ferroviaire. La ligne ferroviaire est une barrière qui divise en deux secteurs deconnectés les favelas du complexe.
L'occupation du sol est majoritairement résidentielle et industrielle melangée avec des zones commerciales, des équipments du secteur éducatif, un terrain de l'université fédérale de Rio et un institut de recherche medicale. Le complexe de Manguinhos est situé à coté de la zone portuaire de la ville.

Vu les hauts niveaux de la violence, des crimes du trafic des drogues et des conflits territoriaux avec des groupes qui agissent en accord avec la police, nous avons ici un secteur localement connu comme la Bande de Gaza et une de ses artères principales comme l'Avenue de la Mort. Ces faits, loins d'être anecdotiques, expliquent l'échelle des problèmes sociaux de cette zone, qui sont aussi graves que les conditions physique-territoriales.

Le Projet

Le défi principal était de restructurer ce secteur assez stigmatisé par la population de la cité avec un environement qui s’est énormement dégradé au fil du temps. Pour ce faire, il est necessaire de créer à partir de cette communauté un plan possible de la mise en pratique, l’organiser par étapes selon le calendrier du gouvernement (les autorités sont choisies tous les quatre ans). Le premier pas de l'élaboration du Plan pour le Développement Urbain et Social consiste en la définition des limites du secteur d'intervention en analysant et en répondant à ses aspects physiques, sociaux, et écologiques.
L'équipe de projet définit les critères pour l'inclusion des voisinages adjacents, avec les aspects d’accessibilité, d’infrastructures et la réorganisation des centralités. En parallèle, avec le développement du projet total (master plan), nous avons élaboré une offre pour un secteur particulier (le parc linéaire le long de l’avenue Leopoldo Bulhões) comme un cas d’exemple, le secteur plus conflictueux, où le chemin de fer divisait radicalment le secteur. L'offre consiste en une nouvelle conception du paysage de la qualité ambiante de 1.9 km d'extension, défini par la conjugaison des espaces, activités, bâtiments et végétation. Ce parc linéaire métropolitain se pense comme un connecteur des secteurs informels résidentiels, divisé actuellement par la ligne ferroviaire, que nous avons proposé d'élever. Les éléments principaux de l'offre sont le parc lui-même (qui a été conçu comme une Rambla), la construction d'une paroi urbaine de la rue (façade) le long de l'avenue constituée par les nouveaux édifices résidentiels, et un nouvel échangeur multi modal du transport (ferrocarrill, autobus, taxi, moto- taxi, voitures, et bicyclettes) ouvert 24 h/24. Cette combinaison des éléments reliés a permis un espace public intégré, éliminant des barrières existantes et en transformant le secteur le plus problématique en un secteur parmi les plus vertueux : ce qui est diviseur devient connecteur.
Les prémisses pour la conception du paysage ont pris comme référence le parc de Flamengo, dans la ville de Rio de Janeiro, de Roberto Burle Marx, qui a été conçu comme un lieu de services, de sport et de culture, avec les valeurs d'un espace démocratique moderne.

Les programmes de structuration du projet ont été soigneusement définis pour satisfaire les diverses classes d`âge de la ville en y ajoutant des équipmments de sport, de culture et de travail. Le projet créé un type d'espace public qui est pensé comme un articulateur social, en attirant les résidents des favelas ainsi qu'un public de la zone Nord de la ville.

Le résumé des principes fondamentaux du projet:

-Favoriser la connectivité de la structure urbaine dans sa totalité, combattre la perpétuation de la ville divisée (le manque d’urbanité et d’espace public), principalement dans les quartiers pauvres mais pas seulement ;

-Démocratiser le bénéfice de l’urbanité, créant un espace disponible à tous les citoyens ;

-Garantir l'accessibilité de chaque lieu et rehausser ses connexions avec les alentours, pour retirer certains secteurs de l'isolement ;

-Éviter d’enlever les habitants de ces lieux pour empêcher une coupure avec les liens sociaux existants, à l'exception des secteurs de haut risque, ou dans des cas où il est nécessaire de créer des espaces vides, pour permettre la convivialité ;

-Ouvrir des vides dans le tissu existant, introduisant des espaces et edifications comme re-qualificateur urbain et environnemental avec lisibilité et pertinence ;

-Respecter l'histoire du développement de chaque lieu ainsi que les investissements faits par chaque habitant avec son effort propre ;

-Chercher la participation de la Communauté, écouter soigneusement les demandes des habitants.

- Favoriser la création des nouvelles centralités, en exploitant le potentiel de l’existant et en augmentant sa connectivité ;

-Produire une transformation radicale dans l'image du secteur, permettant sa re-subjectivation ;

-Produire la cohésion qui articule les logiques hétérogènes, en cousant la ville sans l'aplatir dans l'homogénéité, en cherchant une coexistence de la ville de flux avec la ville de lieux ;

-Ce type de projet fournit l’opportunité historique, pour agir et penser des nouveaux paramètres que vont privilégier la qualité de la vie publique, en proposant des nouvelles relations avec l’environement, où les equipments publics ont une fonction centrale dans la réarticulation de la coexistence des différences.

Jorge Mario JŠuregui